Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
   Sendan Zenji


 
Ni ceci ni son contraire

Les Sûtras et autres écritures bouddhiques abondent en formulations contradictoires telles que « ni savoir ni non-savoir », « ni né ni non-né », « ni fini ni non-fini » etc... Ces formulations a- priori déroutantes, loin de n’être qu’une originalité de langage ou un jeu intellectuel, nous invitent au contraire à aller au-delà de la pensée discursive et de ses limitations. En effet, celle-ci s’élabore toujours en prenant appui sur la réalité opposée à celle qu’elle pense. Ainsi, par exemple, on ne peut penser le « bon » sans se référer au « mauvais », le « sombre » sans se référer au « clair », le « beau » sans se référer au « laid », le « fini » sans se référer au « non-fini », etc... Si l’obscurité seule existait, nous ne pourrions ni la nommer ni la concevoir car nous n’aurions l’expérience d’aucun contraire à partir duquel la penser dans ses caractéristiques.


Cela vaut pour toutes les affirmations, qu’elles soient d’ordre pratique ou d’ordre théorique. Toute affirmation née de la pensée discursive est par nature dualiste car la pensée discursive est par nature dualiste. C’est précisèment cela qui la rend inapte à appréhender la réalité suprême puisque celle-ci, incluant tout, n’admet aucun contraire à partir duquel la penser. Compte tenu de cela, les deux options qui s’offrent à qui veut malgré tout s’appuyer sur le langage pour suggérer l’ineffable et l’impensable sont le recours aux métaphores et/ou le recours aux apories par la négation simultanée d’une chose et de son contraire, telles que « ni né ni non-né », « ni fini ni non-fini » etc...

Cet au-delà de la pensée dualiste, le pratiquant est également invité à le mettre en oeuvre dans sa façon d’appréhender les évènements qui lui arrivent. Au lieu de se précipiter à les qualifier de « bons » ou de « mauvais », il est invité à considérer les évènements a-priori difficiles qui peuvent survenir dans sa vie comme une opportunité qui lui est offerte de grandir spirituellement. Le paon est traditionnellement un symbole de cette approche car il grandit et fait sa nourriture de baies qui sont nocives pour les autres espèces. C’est dans cette perspective d’un au-delà du « bon » et du « mauvais » que je vous souhaite une « bonne » année.

Gérard Chinrei Pilet (Janvier 2015)


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