Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
   Sendan Zenji


 
L’activité non-agissante du vide

Le « vide » de zazen – où on laisse passer les pensées sans les saisir ni les refuser, où on laisse le lac du mental retrouver sa tranquillité et où on laisse les expériences de la vie, récentes ou anciennes, se déployer en soi sur fond de neutralité bienveillante – ce vide-là a un pouvoir immense. Avec lui, les choses se décantent, se digèrent et trouvent naturellement leur place dans l’espace psychique qui leur est dévolu.
C’est que ce vide de zazen n’est pas un manque ou l’absence de quelquechose mais au contraire ce qui rend toute chose possible, comme l’ont très bien suggéré les différentes images utilisées à cet effet par les maîtres au cours des siècles. Qu’on se souvienne à cet égard du mondo où, constatant la fermeture d’esprit de son interlocuteur, un maître en vient à remplir d’eau le verre placé sur la table et à continuer de verser jusqu’à ce qu’il déborde et que l’eau se répande partout. En réponse au disciple ébahi qui lui fait part de sa stupeur devant un acte qu’il juge absurde, le maître lui répond que son esprit est semblable à ce verre plus que plein et que, sans se résoudre à le vider, il ne comprendra jamais rien à la Voie. En effet, c’est par l’expérience du vide, entendu au sens que nous lui avons donné, que la réalisation des profondes vérités de la Voie est possible. De ce point de vue, on peut dire que l’expérience du vide est libératrice et se trouve être en quelque sorte la porte de l’Eveil.
Qu’on se souvienne à ce propos de l’image de la roue dont le Bouddha s’est servi pour symboliser le Dharma, le cercle qui la délimite évoquant la perfection de Celui-ci, les rayons les différents sentiers conduisant à son centre et le moyeu de la roue évoquant l’expérience du vide/plénitude à laquelle les « huit branches de l’octuple sentier » nous conduisent. De même que sans le moyeu vide placé en son centre aucune roue ne peut tourner, sans l’expérience profonde du vide à laquelle l’éveil le conduisit, le Bouddha n’aurait pu faire tourner la roue du Dharma. Si, à notre tour, nous aspirons à la faire tourner pour le bien de tous les êtres, il nous appartient de passer par cette expérience libératrice du vide.

Porteuse d’infinis bienfaits au plan individuel, l’expérience de retour au vide le serait en effet aussi au plan de la collectivité humaine dans son ensemble. C’est en ce sens que Bernie Glassman, maître zen américain bien connu, fait remarquer avec beaucoup d’a-propos que « quelques millions de personnes pratiquant zazen chaque matin, ne fût-ce que vingt minutes, auraient plus d’influence sur la paix dans le monde que des années de conférences au sommet à l’ONU ».
A une époque comme la nôtre où l’activisme débridé est porté au rang de valeur suprême, notre communauté internationale serait bien inspirée de méditer ces lignes et de prendre conscience de « l’activité non-agissante » du vide.


En vous souhaitant un bel été et une bonne pratique.


Gérard Chinrei Pilet (Juillet 2017)




Autres articles :