Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
 


 
L’ami de bien

Le Bouddha recommandait vivement aux pratiquants de la Voie de veiller à leurs fréquentations car, disait-il, aussi longtemps qu’ils sont sous l’emprise de leur mental ou que leur foi demeure fragile, ils se laissent facilement influencer et leur esprit d’éveil naissant risque d’en être ébranlé.


Pour éviter cela, il énumère dans le Sigalavada Sûtra les caractéristiques attachées à ceux qu’il appelle « les mauvais amis » et celles attachées aux « amis de bien ». Les premiers, dit-il, cherchent à tirer un bénéfice de votre fréquentation, ils ne sont pas du tout désintéressés et se détournent de vous dès que leur espoir de tirer profit de vous disparait. Certains d’entre eux, frustrés de ne pas obtenir de vous ce qu’ils espéraient, en viennent à vous critiquer ou à colporter des calomnies sur votre compte.
D’autres, continue le Bouddha, par des paroles enjôleuses, vous font miroiter telle ou telle chose mais les actes ne suivent pas. En outre, quoique vous fassiez, que vos actions soient bonnes ou mauvaises, favorables ou défavorables à votre progression spirituelle, ils les approuvent car ils n’ont pour but que de vous flatter pour, le moment venu, obtenir de vous ce qu’ils veulent obtenir.
Dans le Dhammapada, il revient sur ce point en opposant cette attitude intéressée du mauvais ami à celle de l’ami de bien : « Si, dit-il, quelqu’un rencontre un homme avisé (dans les choses de la Voie) qui, comme s’il indiquait un trésor, fait remarquer les erreurs, les manquements et les réprouve, qu’il devienne ami avec une telle personne. Le meilleur sera, non le pire, pour celui qui suivra une telle personne ».
Continuant sur ce thème, il précise encore : « Sont des amis de bien ceux qui se réjouissent de vos succès et de vos progrès et vous aident dans les moments difficiles, ceux qui vous instruisent sans regarder à leur intérêt, ceux qui vous protègent du mal en vous dissuadant autant qu’ils le peuvent de prendre de mauvais chemins ou de néfastes habitudes, même si leur intimité avec vous doit en pâtir , au contraire des mauvais amis qui vous incitent à prendre de mauvaises habitudes et vous font aller sur les six mauvais chemins ».

Dans le Shôbôgenzô Zuimonki, maître Dôgen fait écho à ces observations et recommandations du Bouddha : « J’ai, dit-il, le sentiment que l’esprit humain est constitué pour suivre ce que disent les autres. Dans les commentaires du Sûtra de la Perfection de la Grande Sagesse, il est écrit : on peut dire qu’il est comme un imbécile qui porterait une pierre précieuse dans ses mains et qui s’entendrait dire : « tu es bien un roturier pour porter quelque chose de tes propres mains ! » et qui penserait : « j’aime bien cette pierre précieuse mais j’ai ma réputation car je ne suis pas un roturier ». Inquiet et poussé par le souci de sa réputation, il poserait la pierre précieuse comme on le lui disait, et il la perdrait ensuite pour avoir voulu la faire porter par un inférieur. »
C’est ainsi qu’est l’esprit des hommes, continue Dôgen. Même s’ils pensent qu’une certaine parole est incontestablement bonne pour eux, il leur arrive néanmoins de suivre ce que dit quelqu’un d’autre. Pour cette raison, auriez-vous-même eu le cœur mauvais d’origine, le fait de suivre un bon maître et d’écouter longtemps les enseignements de cet homme bon, fera que votre esprit deviendra bon naturellement. Mais si vous étiez intime avec quelqu’un de mauvais et, sachant pourtant que c’est néfaste pour vous, vous suiviez son esprit un moment, vous deviendriez aussitôt authentiquement mauvais…. Par conséquent, apprentis de l’Éveil, fréquentez de près des gens de bien et rencontrez-les quand les conditions sont bonnes, même si vous n’avez pas d’aspiration à l’Éveil… Ainsi, votre esprit s’approfondira de plus en plus. N’approchez plus rien de ce qui serait susceptible d’être un obstacle à votre Éveil. Pratiquez l’Éveil en vous associant avec des amis de bien, même si c’est douloureux et pénible. »
La pierre précieuse est, comme on le sait, le symbole de la graine de l’Éveil. Celui chez qui cette graine a commencé d’éclore doit veiller à ne pas se laisser influencer par les opinions de ceux qui sont dominés par l’esprit mondain, au risque de perdre la pousse encore tendre de l’esprit d’Éveil. Il doit au contraire rester dans la proximité des amis de bien riches d’une expérience approfondie de la Voie.


Gérard Chinrei Pilet (Mars 2020)




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