Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
   Sendan Zenji


 
Subconscient psychique et subconscient spirituel

L’éveil originel étant présent en chacun à l’état latent, on peut, si on veut traduire cela en une terminologie moderne, dire qu’il existe un subconscient spirituel qui ne demande qu’à venir à la conscience par le recours à la pratique de la Voie.
Ce subconscient spirituel est à distinguer du subconscient psychique car, à part d’avoir en commun d’être des états de latence, les différences existant entre eux ne sont pas minces.
En effet, le subconscient psychique est, entre autres composantes, constitué de souffrances émotionnelles stockées en son sein depuis des années alors que le subconscient spirituel est riche de la joie, de la paix et de la sérénité propres à l’état d’éveil. Quand celui-ci est actualisé par la pratique, tout ce potentiel de joie et de paix s’en trouve en même temps actualisé. C’est le fameux jijiyu zanmai de maître Dôgen : le samadhi de la joie pure.
Autre différence notable : les éléments composant le subconscient psychique appartiennent au monde de la temporalité, apparaissant avec les souffrances provoquées au contact de certaines situations puis disparaissant avec leur mise en lumière. En revanche, les composantes du subconscient spirituel (joie, paix, sérénité etc...) sont là « de toute éternité », présents à l’état latent aussi bien chez le nourrisson que chez le vieillard, aussi bien dans la vie présente que dans les existences antérieures, « attendant » que la pratique de la Voie les mette en lumière.
Pour bien signifier ces deux différences de nature et de niveau entre les deux subconscients, on pourrait préférer le terme de supra-conscient à celui de subconscient spirituel et réserver le terme de subconscient (sub : en-dessous) au subconscient psychique mais on perdrait alors l’idée de latence, bien suggérée par le préfixe sub.
Dernière différence et non des moindres : l’esprit illimité manifesté pendant zazen accueille les éléments du subconscient psychique (pensées, émotions, souvenirs etc...) devenus conscients sans être dérangé par eux, attestant ainsi de sa transcendance par rapport à eux.

Maître Deshimaru disait parfois : « zazen transcende l’humain ». C’est exactement là, dans cette faculté de l’esprit illimité à accueillir les composants du psychisme humain sans être dérangé par eux, que se situe cette transcendance. Zazen, par esprit illimité interposé, transcende l’humain sans pour autant l’exclure. Pour le dire à l’aide d’une image zen bien connue, « les nuages ne dérangent pas le ciel » et, ajouterons-nous, sans que le ciel ne les exclue. Cette délicate cohabitation, c’est le cœur même de la condition humaine et c’est aussi ce qui la rend infiniment précieuse.


Gérard Chinrei Pilet (Novembre 2017)




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