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Ne pas faire obstacle aux choses qui adviennent
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Dans un passage du chapitre Yui butsu yo butsu du Shôbôgenzô maître Dôgen dit ce qui suit :
« Ce que Bouddha appelle le moi n’est autre que l’univers entier. Donc, que vous le sachiez ou non, il n’y a pas d’univers entier qui ne soit pas vous-même. Maintenant que vous avez réalisé cela, vous pouvez retourner ces paroles au sage de jadis. Autrefois, un moine demanda à un vieux maître : « Que faire quand des centaines de milliers de myriades de choses arrivent tout d’un coup ? Le maître répondit : - Maku kwanta ! Ne leur faites pas obstacle ! » Il voulait dire : lorsque toutes ces choses adviennent, laissez-les venir, ne vous agitez pas. C’est le plus court chemin menant au Bouddha Dharma. Il n’y a rien d’extérieur à vous. Vous devez considérer les paroles du maître, non pas comme une remontrance, mais comme la vérité toute simple. Que vous fassiez obstacle aux choses ou non, elles adviennent d’elles-mêmes. » Comment le pratiquant doit-il faire quand une cascade d’évènements surgit dans sa vie à l’improviste ? Doit-il, comme l’homme ordinaire le fait le plus souvent en pareil cas, s’agiter et s’arc-bouter dans le refus ? Tel est le thème de ce mondo. Dans le commentaire qu’il en fait, maître Dôgen ne se contente pas d’acquiescer à la réponse du maître recommandant à son disciple de ne pas faire obstacle à ce qui se présente, il établit un lien direct entre la capacité à demeurer serein et imperturbable en toutes circonstances et la réalisation « qu’il n’y a rien d’extérieur à nous », « qu’il n’y a pas d’univers entier qui ne soit pas nous-même ». En effet, par cette réalisation, l’illusion d’être un moi/je substantiel séparé disparaît et avec elle les peurs et le besoin compulsif de contrôle sur les évènements. Rien ne paraît étranger à celui qui a réalisé son unité avec l’univers. Il se sent partout chez lui et les évènements ne sont plus vécus comme extérieurs à lui, d’où la capacité à les accepter tels qu’ils sont. Au plus intime de lui-même, il ressent n’avoir plus rien à perdre ni rien à gagner : rien à perdre parce que le besoin de posséder l’a abandonné, rien à gagner parce qu’il se vit comme Totalité. Sur la Voie, la réalisation de certaines grandes vérités telle que celle que « rien n’est extérieur à nous » entraîne en cascade la réalisation de beaucoup d’autres : un sentiment de paix que rien ne peut durablement affecter, une pleine acceptation de ce qui est tel que c’est et une compassion universelle et inconditionnée. De telles réalisations sont, comme le dit maître Dôgen, « le plus court chemin menant au Bouddha-Dharma ». Gérard Chinrei Pilet (Décembre 2025) |
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