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Comparer nos propres traces à celles des Bouddhas
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« Puisque les traces des Bouddhas ne peuvent être vues que par l’œil de bouddha, si vous n’êtes pas Bouddha, vous n’avez donc pas l’œil de bouddha permettant de les voir. Donc seuls les Bouddhas se comptent au nombre des Bouddhas ». A cette objection qui lui fut faite que voir les choses ainsi signifie que la Voie de Bouddha est fermée aux gens ordinaires, maître Dôgen répond ceci : « que ceux qui ne comprennent pas (ce que signifie que seuls les Bouddhas se comptent au nombre des Bouddhas) se placent dans le sillage que les Bouddhas ont laissé sur la Voie. Quand vous voyez des traces de pas de Bouddha, vous vous demandez si ce sont vraiment celles de Bouddha. Vous devez alors les comparer aux vôtres. Ce faisant, la trace des Bouddhas finit par être connue, dans toute sa longueur et sa profondeur. C’est donc en clarifiant la trace de vos propres pas que vous pouvez identifier la trace des Bouddhas.
Connaître cette trace clairement, c’est ce qu’on appelle le Bouddha-Dharma ». En d’autres termes, plus notre maturation sur la Voie grandit, plus se développe notre aptitude à voir notre fonctionnement égotique à partir du bouddha qui est en nous, signe que peu à peu l’Oeil de bouddha, de fermé qu’il était, commence à s’ouvrir. On ne regarde plus notre ego à partir de notre ego, restant ainsi enfermés dans l’ego, mais à partir de notre nature de bouddha révélée par l’ouverture progressive de l’œil. C’est ce processus que désignait maître Deshimaru quand il nous disait qu’en zazen « on se rend compte qu’on n’est pas si bien que cela, qu’on a bien souvent une attitude égoïste ». C’est aussi eu égard à ce processus de mise en évidence de nos ombres par l’ouverture de l’œil qu’il se mettait fortement en colère lorsqu’à des reproches justifiés qu’il adressait à un disciple, celui-ci se rebellait ou refusait d’admettre qu’il avait fait une erreur. En revanche, il était satisfait quand, à une critique fondée qui lui était faite, le disciple reconnaissait son erreur et s’en excusait. Dans le premier cas, le disciple persistait à voir son ego à partir de son ego et, conséquemment, à le protéger et à s’enfoncer ainsi plus encore dans l’illusion ; dans le second cas, au contraire, l’aptitude du disciple à voir son ego objectivement, c’est-à-dire à partir de sa nature de bouddha, grandissait, éclairant le bouddha présent en lui et laissant l’ego s’effacer. C’est aussi en référence à sa capacité à ouvrir l’œil de bouddha que maître Deshimaru disait que « zazen est une confession », en ce sens qu’il déplace le regard, de l’ego sur lequel il est d’ordinaire fixé, vers le bouddha présent en nous, faisant croître celui-ci et diminuer celui-là. On peut dire la même chose de la cérémonie du repentir (ryaku fusatsu). Quand il est sincère et profond, il a la vertu d’effacer le mauvais karma inhérent à l’acte objet du repentir mais aussi celle de faire croître bouddha en nous et d’affaiblir l’ego. Outre cela, étudier les enseignements des maîtres et patriarches, s’inspirer de leurs vies et de leur gyoji contribue aussi à faire grandir le bouddha en nous en jetant un éclairage salutaire sur notre propre pratique, par exemple en mesurant notre détermination à pratiquer la Voie à l’aune de celle des Bouddhas du passé, contribuant ainsi à faire grandir notre aspiration à s’en approcher. Ainsi, chaque fois qu’une pensée est laissée à elle-même, chaque fois qu’une respiration est laissée à elle-même, chaque fois que le corps est laissé à lui-même, chaque fois qu’une impulsion de l’ego est abandonnée, nous clarifions la trace de nos propres pas et, ce faisant, révélons celle des Bouddhas. C’est shin jin datsu raku, c’est yui butsu yo butsu : seul bouddha connait bouddha. C’est aussi, comme le dit maître Dôgen, « ce qu’on appelle le Bouddha-Dharma ». Avec tous mes vœux de bonne pratique et de bonne santé. Gérard Chinrei Pilet (Janvier 2026) |
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