Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
 


 
Samsara

Contrairement à une opinion couramment admise, le samsara n’est pas un lieu dans l’univers où vivraient des êtres mais un conditionnement de l’esprit consistant à se considérer et à se vivre comme une entité substantielle séparée. De cette illusion naît un sentiment d’incomplétude accompagné d’une propension puissante à s’attacher à de multiples objets avec l’espoir le plus souvent inconscient d’éradiquer ainsi le manque engendré. Le résultat est à l’opposé de celui attendu car la réalisation de ces désirs, loin d’éteindre le sentiment de manque et d’incomplétude, ne fait au contraire que l’enflammer davantage. S’ajoutent à cela le fait que ces désirs entraînent des peurs, telle que celle que l’objet du désir nous échappe ou que l’impermanence vienne à le faire disparaître ; ils entraînent aussi le refus de ce qui peut contrarier la satisfaction du désir. Et, comme on le sait, le refus du réel est le fidèle allié de la colère, de la frustration ainsi que d’afflictions et de lamentations en tous genres. En somme, de l’illusion de la séparation émerge ce que le Bouddha appelle « un monceau de souffrances ».
Certes, de petits ou de grands bonheurs surgissent çà et là mais ils sont toujours passagers et se détachent toujours sur un fonds d’insatisfaction chronique. Ainsi s’égrènent les jours avec les hauts et les bas d’un vécu intérieur instable et tributaire des aléas de la vie tandis que persiste le sentiment d’incomplétude.
Beaucoup d’hommes considèrent que la vie est ainsi et qu’on ne peut rien y changer, certains en venant même à penser qu’ « on est sur terre pour souffrir ». Ce n’est pas du tout l’avis du Bouddha qui sait par expérience que du conditionnement samsarique et des souffrances qui lui sont associées on peut se libérer. Il faut pour cela éradiquer l’illusion de la séparation et revenir ainsi à notre véritable nature infinie et inconditionnée. Cela requiert la pratique de la Voie ainsi qu’il l’affirme on ne peut plus explicitement dans la Quatrième des Quatre Nobles Vérités. S’adonner à cette pratique est la raison d’être ultime d’une vie d’homme comme y insiste maître Dôgen dans le Shôbôgenzô Zuimonki : « tout est fugace et passe dans l’instant. La ronde des naissances et des morts est la question primordiale. S’il y a une activité qu’il est urgent de pratiquer durant la courte période de l’existence, que ce soit celle de pratiquer l’Éveil et de faire l’apprentissage de la réalité de bouddha ».
Le samsara est donc ultimement un mode de fonctionnement pathologique fondé sur l’ignorance de notre véritable nature. Parce que l’homme est l’artisan de ce dysfonctionnement, il est aussi celui qui a le pouvoir de s’en affranchir.

Gérard Chinrei Pilet (Septembre 2020)




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