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Vérité ultime, vérité relative et différents niveaux de réalité
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Le thème de l’article du mois précédent était l’étude de la distinction opérée par le Dharma de Bouddha entre vérité de la différence et vérité de l’unité. Ces deux vérités trouvent une parlante illustration dans deux expressions de maître Deshimaru, à savoir : « les autres ne sont pas moi » et « toutes les existences ont la même racine ».
Par la première, maître Deshimaru pointait la tendance qu’a l’ego à identifier l’autre à soi quand cela l’arrange de le faire, oubliant ou feignant d’oublier qu’il peut avoir des goûts, des centres d’intérêt, des façons d’être, de vivre et de penser différentes des siennes. En procédant ainsi, l’ego accroit sa sphère d’influence et son pouvoir sur autrui. Les relations entre individus fourmillent de ce genre « d’egocratie », les relations entre peuples aussi. L’Histoire abonde d’exemples de peuples dominateurs croyant mieux savoir que les peuples qu’ils dominent ce qui est bon pour eux ! Par l’expression « toutes les existences ont la même racine », maître Deshimaru rappelait à ses disciples qu’au-delà des différences observées dans les phénomènes et les existences, est présent à l’échelle de tout l’univers un principe d’unité qu’il appartient à l’homme de réaliser par la pratique de la Voie et de mettre en œuvre dans sa vie. Il serait erroné de considérer la vérité de la différence (celle de « les autres ne sont pas moi ») comme une pure illusion sous prétexte qu’existe la vérité de l’unité (celle de « toutes les existences ont la même racine »). Certes, la vérité de la différence est transcendée par celle de l’unité mais elle comporte toutefois un certain degré de réalité qui renvoie à ce que les philosophes médiévaux appellent « le principe d’individuation », c’est-à-dire le principe d’une relative séparation entre les existences, entre les individus. Ce qui est vrai aussi, c’est que cette séparation n’est pas ultime, au sens où elle peut et doit être transcendée par une vision supérieure ou un niveau supérieur de conscience, appelé hishiryo, qui nous fait réaliser la vérité de l’un sous le multiple. Le degré de réalité propre à cette vérité est supérieur à celui caractérisant la vérité de la différence sans pour autant l’abolir. Les choses et les existences sont multiples en apparence mais « une » au regard de la réalité ultime dont elles procèdent, tout comme les vagues sont multiples en apparence mais « une » au regard de l’océan auquel elles doivent toutes leur existence et par rapport auquel elles ont de ce fait un moindre degré de réalité sans pour autant que leur réalité de vagues soit abolie. Ces considérations conduisent à distinguer deux types d’illusion : d’une part celles qui résultent d’une fausse apparence que les choses prennent par rapport à nous. Par exemple, dans le désert la fausse apparence d’une surface d’eau alors qu’il ne s’agit que de la réflexion de la lumière du soleil sur le sable (il n’est que de chercher à se désaltérer pour réaliser que l’apparence de la surface d’eau est fausse) ; d’autre part les illusions qui résultent de l’ignorance de la moindre réalité d’une chose par rapport à une autre ayant un degré de réalité supérieur. Par exemple on peut considérer comme illusoire la vision d’une multiplicité des existences qui ne s’accompagne pas de la vision de leur unité intrinsèque. Dans ce cas-là, l’apparence observée est bien réelle (il n’est que d’aller se baigner pour avoir la preuve que l’apparence de la multiplicité des vagues est bien réelle) mais il y a ignorance d’une unité qui transcende cette multiplicité. C’est à cette seconde catégorie d’illusion qu’appartient la majorité des illusions rencontrées sur la Voie. Gérard Chinrei Pilet (Novembre 2026) |
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