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Dualité et dualisme
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Il n’est pas rare qu’une certaine confusion soit faite entre dualité et dualisme. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il ne peut y avoir dualisme, dans un enseignement quelconque, que si deux termes opposés y sont regardés comme ultimes et irréductibles, sans aucune dérivation d’un principe commun. Le fait de reconnaître l’existence d’une dualité et de la situer à la place qui lui convient réellement ne constitue en aucune façon un dualisme, dès lors que les deux termes de cette dualité procèdent d’un principe unique, appartenant comme tel à un ordre supérieur de réalité. Il en est ainsi, avant tout, en ce qui concerne la première de toutes les dualités, celle du sujet et de l’objet. Cette dualité, qui se traduit par le fait que la conscience mentale établit une séparation entre le moi et ce dont il prend conscience, par exemple le monde ou les autres, cette dualité-là est transcendée dans l’état de concentration propre à zazen qui ouvre à un autre niveau de conscience appelé par maître Dôgen hishiryo (hi, au-delà ; shiryo, la pensée propre au mental). Cela ne veut pas dire que cette dualité soit niée, mais qu’au regard de ce principe supérieur qu’est hishiryo elle soit reconnue comme porteuse d’une certaine illusion. C’est en raison de la présence de cet autre niveau de conscience qui transcende la dualité moi/le monde ; moi/les autres que l’enseignement du Bouddha et des Patriarches ne peut être qualifié de dualiste.
Il en va de même de la dualité bien/mal. Le Bouddha ne cesse d’exhorter ses disciples à « faire le bien et à éviter le mal » tout en prêchant l’existence d’un « au-delà du bien et du mal », c’est-à-dire d’un principe supérieur transcendant la dualité bien/mal. Si lui et ses successeurs avaient nié l’existence d’un tel principe, on aurait affaire à un dualisme analogue à celui du courant manichéen qui fait du bien et du mal deux absolus que rien ne transcende. Ce n’est pas le cas dans l’enseignement du Bouddha et des Patriarches du zen, loin s’en faut. En témoigne l’œuvre de maître Dôgen qui abonde en propos invitant le lecteur à s’affranchir de l’approche dualiste propre au mental et à s’ouvrir à ce qui la transcende. On peut aussi citer le Shin Jin Mei de maître Sosan, véritable bible de l’approche non-dualiste. Tel ce verset :
« Comme cela est non-deux, Et cet autre verset :
« si vous voulez réaliser le un, Gérard Chinrei Pilet (Février 2026) |
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