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Ni intellectualisme ni impasse sur l’étude des enseignements des maîtres (suite de l’article du mois précédent) |
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C’est sans doute parce que les représentants de l’intellectualisme et les gardiens de la Doctrine refusent de reconnaître que réaliser vraiment une Voie spirituelle ne peut se faire sans une pratique impliquant à la fois le corps et l’esprit que les relations entre ceux-là et ceux-ci ont souvent, tout au long de l’histoire, été tendues, voire extrêmement conflictuelles. On en a l’illustration avec Bodhidharma dont maître Dôgen nous rapporte, dans le chapitre gyoji, qu’il a été combattu de multiples façons par « les maîtres des sûtras et des traités », au point que leur chef d’alors, Bodai-Rushi, a été directement à l’origine de sa mort, comme le rapporte en ces termes maître Deshimaru : « Bodai-Rushi conçut une vive jalousie à l’égard de Bodhidharma, il critiqua et perturba sa mission. A la fin, il voulut le tuer. L’histoire ne dit pas les choses tout à fait clairement. Néanmoins, on sait qu’il vint au temple de Shaolin avec du saké contenant du poison. « Etes-vous hinayana?, demanda-t-il. Si ce n’est pas le cas, vous devez boire ce saké ». Bodhidharma comprit par intuition qu’il comprenait du poison. Il prit la coupe, en versa la moitié sur le rocher qui se fendit, et dit : « J’ai trouvé un grand disciple, Eka. Je n’ai donc plus besoin de vivre. Il continuera ma mission ». Et il but le poison ».
Ces relations conflictuelles entre ces deux courants, on les retrouve aussi dans les démêlés de maître Dôgen avec le haut clergé de la capitale Kyôto et plus précisément les moines du puissant mont Hiei. Ceux-ci, devenus sans doute jaloux du succès naissant de Dôgen auprès d’anciens moines de la Daruma Shu, et à l’institution minée de l’intérieur par le goût du pouvoir et des richesses, en vinrent, aux dires de plusieurs historiens, à projeter de détruite le Kôshôji et d’expulser Dôgen de Kyôto. C’est vraisemblablement ce qui conduisit Dôgen à quitter Kyôto en 1243 pour s’exiler « dans les montagnes profondes et les vallées désertes ». Le Bouddhisme n’a pas l’exclusivité de ce type de relations conflictuelles, on en trouve plusieurs exemples dans le Christianisme, notamment avec Jésus, férocement combattu par les Pharisiens, docteurs de la Loi judaïque auxquels Jésus reprochait d’être attachés hypocritement à « la lettre qui tue » en négligeant « l’esprit qui vivifie ». Par exemple, aux Pharisiens qui s’offusquaient de ce qu’il n’avait pas accompli les rites de pureté avant de se mettre à table, Jésus répondit : « vous, Pharisiens, vous nettoyez l’extérieur de la coupe et du plat, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’avidité et de méchanceté. Nettoyez plutôt ce que vous avez à l’intérieur et alors tout sera pur pour vous ». Dans ce cas aussi, la haine des docteurs de la Loi n’a pas connu de bornes puisqu’ils sont les grands instigateurs du procès de Jésus et de sa crucifixion. Ces trois exemples illustrent très éloquemment l’énorme décalage existant entre la réalisation spirituelle authentique basée sur une expérience spirituelle profonde et l’approche intellectualiste basée sur la seule étude des textes doctrinaux. Sans « l’esprit qui vivifie, la lettre reste morte ». Non seulement elle reste morte mais, n’étant plus vivifiée par l’expérience, elle est alors souvent à l’origine de dérives fanatiques et sectaires. Gérard Chinrei Pilet (Mai 2026) |
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